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Trois projets en cours pour cette année 2019 :

1  ≤El alma y el cuerpo_étude sur le flou et la danse≥

Ça a commencé avec des enfants autour d’un feu. Ils jouent avec des batons, les font brûler un peu et puis font des tourbillons de lumières. Je sors mon téléphone. Je vois que je peux prendre des poses longues. J’essaie. Deux secondes. Cinq. Et puis dix. Je reviens vers cinq. J’ajuste les iso. Je passe en noir et blanc. On ne voit pas grand chose, mais sans doute que je pourrai éclaircir sur l’ordi. Et puis ça décolle, je pars en festival de musique, j’achète un téléphone qui prend des photos en format RAW, ça me servira pour pouvoir récupérer les hautes lumières. La Semo en Belgique, et puis Sines au Portugal, et le Demandafolk en Espagne. Les lumières stroboscopiques sont comme des flashs que je n’ai pas besoin de diriger. C’est une forme de lâcher prise, j’appuie sur le bouton et j’attend cinq secondes, sans trop savoir ce qui apparaîtra. C’est à l’édition que mes émotions me disent quelle photo marche, laquelle ne marche pas. Je fais une première expo, des pages colées sur un mur de brique, les noirs qui s’assombrissent, ça me touche de voir mes émotions à l’état brut colées sur un grand mur extérieur. Alors je continue, avec des chevaux. L’élan brut d’un étalon. Ma colère, ma joie, mon désir. C’est fort. Je prend beaucoup de plaisir à travailler avec eux. Et puis, enfin, la danse. Un spectacle pour lequel je prends des photos. Je tente le flou. C’est bien, mais pas assez introspectif, trop loin, j’ai besoin de me rapprocher. Au Burkina je rencontre Siaka, danseur dioula, tout en longueur. Il m’emmène dans une ancienne partie du CDC, le centre de danse de Ouaga, un vieil amphithéâtre envahi par la végétation. C’est beau, tout ce blanc délavé, les murs pleins de coups, le vert des broussailles qui reprennent l’espace. Il me montre le solo qu’il prépare. Je plonge avec lui dans les mouvements. Ce sera la danse.

2  ≤Beyond selfies≥

Zoé a un an et demi. Je lui mets la télécommande dans les mains, je lui dis qu’elle peut appuyer sur le bouton et ça prend une photo. Elle me regarde avec un air vague. Je ne sais pas si elle comprend. Je lui montre l’appareil photo. Elle appuie sur la télécommande, pas assez fort. Je lui dis d’appuyer un peu plus fort. Elle presse le bouton de ses deux petits pouces. Elle regarde l’objectif. Au début je suis à côté d’elle, et puis elle part. Elle se retourne pour voir si je la suis. Je soulève le pied de l’appareil et je la rejoins. Elle monte les escaliers, elle veut aller prendre des photos dans sa chambre. Elle me montre son lit, la chaise qui s’y trouve. Elle veut la sortir du lit-parc pour mieux la voir. Je l’aide à la sortir ; je place l’appareil et fais la netteté. Elle appuie. Une fois. Deux fois. Ça y est. On passe à autre chose ; elle court vers la chambre de ses grands-parents, on va jouer avec les miroirs.

3  ≤Bordando identidad≥

Samedi matin. Je vais au musée du costume de Madrid. J’y retrouve Adriana et son mari Daniel. D’autres femmes sont là aussi. Certaines sont accompagnées de leurs maris. Aujourd’hui, comme tous les samedis, elles vont broder sur des blouses les motifs de fleurs qu’elles ont créés. Elles s’inspirent des motifs traditionnels de leur village d’origine, Llano Grande, en Équateur. La plupart est à Madrid depuis plus de quinze ans, parfois vingt, ou plus encore. Elles se disent kits-kara. Je me demande si broder des motifs traditionnels, ou inspirés par ceux-ci, répond à un besoin de… un besoin de quoi ? de construire une identité ? ça se construit une identité ? ou alors un besoin de la représenter ? est-ce un besoin ? ou « simplement » une envie de broder, et si on brode, autant reprendre des motifs qu’on aime, qui nous rappelle notre enfance. Y-a-t’il une question « politique » derrière cette envie de broder ? Je ne sais pas. Sans doute qu’elles mêmes non plus ne le savent pas. Alors, j’ai envie d’explorer ça avec elles.

 

Expositions:

– « El alma y el cuerpo », Hang’Art, Rue des Prés 267, St-Servais / Namur, dès le 14 octobre 2018

– « Caja Negra », Académie des Beaux-Arts de Namur (Rue du Lombard, 20), du 21 au 27 juin 2018

– « Enfants de Tizi », Ferme de la Distillerie (Avenue des Combattants 175, Bousval), du 10 juin au 7 juillet 2018

– « Days of being wild », Sur les grilles du Parc Royal de Bruxelles, du 21 juin au 11 juillet 2018